Wesh les zincou.e.s, n'oubliez pas de manger 5 fruits et légumes et de boire une dizaine d'ennemis par jour.

Trente et un

Y'a pas d'âge pour faire la fête au village

On était arrivés dans ce village depuis quelques jours, hébergés dans une grande maison au bord d’une route nationale sur laquelle des camions en direction de l’Italie passaient à toute vitesse. Il n’y avait pas de connexion internet, que des vieux jeux de société dont le carton avait bruni avec l’âge, taché d’éclaboussures et sentant le renfermé. Ce jour là, on est collectivement allés au travail et en rentrant, on a aperçu de petites affichettes signalant la fête du village le soir-même.

À vrai dire, on était curieux. En bons citadins, parisiens pour la plupart, nous n’étions pas habitués à ce genre d’évènements campagnards. On imaginait tantôt un rassemblement folklorique de vieillards et mamies en costumes traditionnels, d’autres sur leur trente-et-un, nœud papillon et bretelles sorties de la vieille malle au dessus de l’armoire pour l’occasion. Pour nous, un vieux t-shirt, un short et des sandales feraient l’affaire ; on n’était clairement pas là pour séduire, juste pour faire du tourisme. C’était donc ça que ressentaient les allemands qui venaient visiter Paris ? Il était encore que 20h quand un bruit de basses s’est fait entendre dans le champ juste à côté de chez nous. De l’autre côté de la route, une minuscule bâtisse qu’on n’avait même pas remarqué était déjà entourée de monde. La fête avait lieu à deux pas, et avait commencé sans nous.

Vieux dans une fête de village
Ce qu’on s’attendait à voir.

Moi, B. et V. et sa copine C. sommes partis à la rencontre des autochtones, étonnés par la musique rythmée qu’on entendait de plus en plus distinctement. À notre arrivée sur les lieux, peu à peu, les gens se retournaient, ils nous dévisageaient fixement. Ils n’avaient sûrement pas l’habitude de voir des touristes, comme ils n’avaient sûrement pas l’habitude de voir des jeunes de plus de 25 ans. Ils étaient quasiment tous entre 16 et 20 ans. J’avais l’impression de tourner un reportage d’analyse sociologique concernant la jeunesse désœuvrée, bloquée dans les multiples petits anus de la France profonde, celle qui sent le fumier, le terroir et les traditions, les maisons de 300 mètres carrés, les tracteurs garés devant et la musique ultra-commerciale digne d’un revival du Hit Machine consacré aux chansons interprétées par d’anciens candidats de télé-réalité.

Soirée cartable au village
Ce qu’on a vu.

La bâtisse dont il était question tout à l’heure était en fait la salle polyvalente. Non pas du village, mais de tous les villages aux alentours. Et l’évènement drainait beaucoup, beaucoup de personnes. J’étais entre l’hilarité, aidée par les verres corsés que mes compères m’amenaient au fur et à mesure qu’ils se vidaient, et une compassion un peu hautaine. Ces pauvres gars avaient sûrement raté l’occasion de s’enfuir, ou encore pire, avaient choisi de rester dans le coin, là où n’y avait ni boulot ni grand chose d’intéressant à faire. Puisque personne n’avait jamais rien de prévu, une fête improvisée les réunirait tous, donnerait à certains l’occasion de perdre leur virginité, de tomber enceinte ou encore de sombrer dans le coma éthylique, quand ce n’était pas les 3 à la fois.

alcool de village
Le thème de la soirée : maladie de foie.

L’alcool. Omniprésent, il coulait comme une petite fontaine derrière laquelle une rangée attendait qu’on les serve. Pas très cher cette boisson, à peine 2 euros le verre. Je vis la barmaid improvisée – la seule personne âgée de la fête, celle qui récolte le fric – m’en verser dans un gobelet blanc, me verser cet alcool à 40° jusqu’aux deux tiers, et compléter avec du cola de marque de distributeur. J’avais l’impression de boire du venin de scorpion, et assez rapidement ma vue s’est brouillée. La musique retentissait très fort et un ersatz de DJ tenait un smartphone, faisant tourner sa playlist, tandis que devant lui la piste de danse était quasiment vide ; seuls V. s’ambiançait avec C. et ces deux-là montraient l’exemple à des gamins qui n’osaient pas bouger de leur coin avant d’être complètement saouls. De l’autre côté, des gamines pouffaient de rire en discutant à voix basse et en lâchant un cri de surprise quand elles reconnaissaient la chanson d’un obscur artiste électro parisien (David Guetta, pour les auditeurs avertis). Le DJ se contentait de lever les index et de les bouger en rythme comme s’il essayait de donner des instructions à un avion sur la piste de décollage.

David au village
“Il parle de moi là ou d’un autre avec le même nom ?”

J’étais déjà dans un état lamentable quand j’étais en train de discuter avec B., enfin, essayer de discuter, quand V. est arrivé vers nous, et sa copine en panique ; il avait l’arcade sourcilière complètement explosée, du sang coulait à flots. Dans mon état, je ne voyais que son visage étonné. Lui-même ne semblait pas trop se rendre compte de ce qui lui était arrivé. Il était en train de danser, quand il a bousculé sans faire exprès quelqu’un derrière lui. Il s’est retourné en s’excusant, avec le sourire : V. était le mec le plus adorable du monde et n’était pas très souvent malveillant dans ses actes. Celui qui lui a répondu par un coup de tête sur le coin du visage, c’était la petite frappe du village, qui n’acceptait pas que des étrangers viennent et accaparent toute la place, toute l’attention. V. nous le désigna. Il semblait prêt à en découdre, dans son coin avec ses potes en cas de nécessité. Sans trop réfléchir, je me suis dirigé vers lui. J’avais les yeux qui roulaient de gauche à droite.
– C’est-c’est lequel qui a frappé mon pote ?
Les regards se tournaient vers le coupable.
Mes cent kilos ont titubé vers lui, et mes mains ont attrapé sa nuque. Pendant que j’étais en train de l’étrangler, trois autres de ses potes le tiraient de leur côté, “lâche-le !”, “au secours !”, je ne me souviens plus trop de ce qui se passait. J’ai lâché à un moment, le calme semblait être revenu, lui est retourné de son côté, puis nos regards se sont croisés, il a couru vers moi en essayant de me donner un coup de poing que j’ai esquivé je ne sais pas trop comment. La technique de l’homme saoul était-elle donc réellement efficace ?

Suiken - Technique de l'homme saoul
Cette technique a été mise au point par des générations de poivrots las de se faire mettre à l’amende en fin de soirée.

Je me souviens de bribes du reste de la soirée. Nous étions dehors, dans un champ, quand B. nous a rejoint après lui aussi s’être battu. L’alcool montait peu à peu chez V. qui perdait son calme au fur et à mesure. Le moment qui a tout fait basculer, c’est quand il s’est rendu compte qu’on lui avait volé son paquet de tabac. D’ailleurs, il se l’est sûrement pas fait voler ; son paquet a du tomber dans toute cette agitation. Sauf que c’était la goutte d’eau. V. est devenu complètement incontrôlable, était en train de crier qu’il allait prendre tout le village un par un – il y avait facilement une centaine de personnes – et nous, regagnant en clarté d’esprit à la vue de ce spectacle, étions obligés de le retenir, jusqu’à le ramener de force jusqu’à la maison en le portant. Il y est retourné quand on avait le dos tourné, et quand il était là bas, il se faisait offrir des clopes par des gamins. Il leur répondait les yeux à demi-fermés : “de toute façon t’es qu’une pute, allez, casse-toi”. La soirée s’est complètement finie quand il a commencé à pleuvoir. On est rapidement rentrés chez nous, quand V. nous a convoqué dans le salon.

– Hé les gars ! Je crois que cet enculé m’a cassé une dent !

On a vérifié à l’intérieur de sa bouche qui empestait l’alcool. On en a compté trente et un. Il semblait avoir, en effet, une dent en moins. Mais il a commenté :

– Ah… Non non, ça c’est normal ! Je l’ai perdue lors d’une bagarre, la semaine dernière, dans un bar. Faut dire qu’entre les insultes sur la consanguinité et la zoophilie, c’est facile de les provoquer, les bouseux du coin !

 

Ton père est un voleur, il a volé toutes les étoiles du ciel pour les mettre dans cet article
Note des lecteurs1 Note5
5
Trente et un
Making Of : cet article relate une histoire à 99% vraie. Donc pour le making of : on a eu besoin d’une fête de village, d’alcool et de cas sociaux en pagaille.

Disclaimer

À l’attention de toute personne passant sur ce site internet.

Tout ce que je dis ici n’a pas pour vocation à être pris au sérieux. Mon père ne l’a jamais fait, c’est pas vous qui allez commencer. Aussi, si je tiens des propos racistes, homophobes, sexistes, discriminatoires, ou même de droite, je tiens à faire valoir ma garantie “c’est juste pour rire, voyons” ainsi que ma carte de demandeur d’emploi qui théoriquement me permet d’avoir une réduction voire la gratuité dans différents musées. Quel rapport, me direz-vous. Aucun. Mais qu’il est bon de faire valoir ses privilèges, comme si je secouais quelques liasses de tickets d’entrée au musée du Quai Branly sous vos nez disgracieux que même un peintre pervers et syphilitique de la Renaissance bah il aurait pas voulu dessiner.

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